Orgelet
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De la Restauration à la seconde guerre mondiale l'histoire d'Orgelet montre un lent mais régulier déclin.

Depuis 1795 Orgelet n'est plus qu'un simple chef lieu de canton replié sur les affaires locales.
Jusqu'aux années 1850 la population se maintient au niveau de 1789 ainsi en 1824 on compte 2291 habitants, en 1839 : 2284, en 1850 : 2144.
C'est alors que va commencer une émigration toujours plus importante. Le trop plein de la population rurale va partir vers les villes en plein essor avec le développement des communications et des industries. Habitants d'Orgelet et des campagnes y seront modestement domestiques ou ouvriers. De plus les familles très nombreuses se raréfient. Alors la diminution de la population commence et persiste. En 1878 elle est de 1837 habitants, au début du XXe siècle elle tombe à moins de 1300.
Orgelet se trouve à l'écart du chemin de fer qui suit le pied des monts : le Vignoble et le Revermont.
La vie locale se caractérise par le calme, l'acceptation d'ailleurs sans enthousiasme de tous les régimes successifs : Restauration, Monarchie de Juillet, Second Empire. Elle s'anime un peu en 1848 et pendant l'éphémère Seconde République. Dans les débuts de la Troisième République des opinions diverses se manifestent et apparaît un certain radicalisme teinté d'anticléricalisme.
Le déclin des institutions religieuses est bien réel. La ville n'a plus qu'un curé et un vicaire. Après les manifestations d'unanimité retrouvée comme la mission de 1821 la pratique diminue lentement. La Révolution a changé les mentalités, l'encadrement a disparu.

La région reste essentiellement agricole : à Orgelet les cultivateurs sont nombreux, on trouve des granges et étables dans tous les quartiers sauf au centre. La culture des blés et autres céréales régresse et la prairie s'étend. Avec la prairie se développe l'élevage des bovins au poil rouge et blanc : bonnes vaches laitières et bons bœufs de travail. En conséquence la fabrication des fromages façon gruyère prend de l'importance.
Les tanneurs continuent à travailler dans leur quartier. Ils sont nombreux puisqu'en 1850 on dénombre 16 ateliers. Leurs produits sont appréciés et livrés quelquefois au loin. Ils fournissent la matière première à des cordonniers qui à la même date ne sont pas moins de 20. Le long des ruisseaux, à coté des moulins qui subsistent, des tourneurs sur bois façonnent divers objets. Au début de ce siècle, avec le courant électrique permettant d'alimenter les moteurs, la tournerie s'implante en ville même dans des ateliers ou de petites usines. Avec des outils plus perfectionnés on fabrique des bobines et des jouets courants.
Les artisans restent nombreux pour satisfaire à tous les besoins de la clientèle : maçons, charpentiers et couvreurs, menuisiers et charrons, maréchaux ferrants et forgerons, tailleurs, chapeliers, sabotiers, bouchers et boulangers … Il en est de même pour les commerçants : épiciers, drapiers … Des voituriers assurent longtemps les transports.

Depuis la Révolution, Orgelet a 12 foires placées au 24e jour de chaque mois et toujours un marché le samedi. Les foires restent très fréquentées. De plus en plus s'y négocient des bœufs de travail ce qui attire vendeurs et acheteurs, parfois venus de très loin. Elles font l'affaire de nombreux cabaretiers qui débitent à cette occasion vins et eaux de vie, des aubergistes qui servent des repas. En 1833 sur la place du Bourg de Merlia on a asséché une sorte de mare et construit la halle aux grains ou grenette. Elle remplace les voûtes de l'Hôtel de ville. Les grains s'y vendront aux jours de marchés et de foire jusqu'à la seconde guerre mondiale.
Le long des routes se sont installées des auberges. Piétons et voituriers vont lentement et éprouvent le besoin de faire la pause, de boire ou de se restaurer. De Lons le Saunier à Saint Claude, ils peuvent s'arrêter à la Gargaille (deux auberges : La Garde de Dieu et le Pavillon), au pont de la Thoreigne, à Orgelet (nombreuses auberges et cabarets), à la Goutte, à Brillat (deux auberges), à la Mercantine, à Moirans …
Les élus du département n'ignorent pas que les bourgs et villages du plateau sont mal desservis En 1888 est fondée la Compagnie des chemins de fer vicinaux du Jura. Elle va commander les travaux pour la réalisation d'un chemin de fer à voie étroite Lons le Saunier - Saint Claude avec embranchement vers Orgelet.
L'entreprise Bongain réalise les travaux de la bifurcation située au dessus des monts à Orgelet à partir de 1895. Le " Tacot " emprunte souvent l'accotement des routes mais pour l'amener au plateau il a fallu des ouvrages hardis comme le tunnel et le viaduc de Revigny.
Le premier convoi arrive à Orgelet le 24 octobre 1898. La ligne est bientôt prolongée jusqu'à Arinthod qui est desservi en 1901. On trouve le long du parcours des gares et des haltes facultatives.
C'est un progrès. Le petit train permet aux habitants de gagner Lons le Saunier pour leur affaires et d'en revenir en une demi journée. Il transporte des marchandises : matériaux de construction, bois, charbon, bestiaux lors des foires.

Mais dès 1930 la concurrence routière s'affirme. L'exploitation devient déficitaire, il faut envisager la fermeture. La guerre qui prive les jurassiens de carburant amène un sursis. Le dernier train quitte la gare d'Orgelet le 9 mai 1948.
Au XIXe siècle, Orgelet perd son collège. L'enseignement secondaire est un peu plus longtemps dispensé par des religieux. Finalement, dans les anciens locaux des Bernardines est institué une école supérieure suivie par un cours complémentaire de garçons. Jusqu'à la séparation des églises et de l'Etat des religieuses vont enseigner les filles et même tenir une école avec pensionnat au " couvent " près de la promenade de l'Orme.
Ensuite les écoles primaires laïques de garçons et de filles, le cours complémentaire sont regroupés aux Bernardines.

Les guerres reviennent troubler la paix laborieuses du plateau. Celle de 1870 n'a pas laissé de grands souvenirs, les " Prussiens " n'ont pas occupé la région. Celle de 1914 - 1918 provoque la mobilisation de toute la jeunesse. Elle dure plus de quatre années. Elle fauche bien des vies humaines comme en témoigne le monument aux morts et contribue à la chute de la population. Tous ces jeunes vont manquer à l'agriculture, à l'artisanat et au commerce et laisser Orgelet dans son immobilisme.
Quant à la dernière guerre, de 1939 à 1945, elle a touché directement la commune. D'abord en 1940 quand les Allemands victorieux poussant devant eux des milliers de réfugiés descendent vers le sud. Surtout à partir de 1942. Le STO amène les réfractaires à se regrouper dans des "maquis". Allemands et miliciens vont essayer de les surprendre et de les exterminer au pont de la Pyle et à Alièze en 1944. Au printemps de cette année des résistants sont saisis en ville. En juillet une importante offensive est menée contre les maquis du Jura et de l'Ain. Le 11 des habitants de Dompierre sont fusillés, de nombreux otages pris à Orgelet et des maisons brûlées, des habitants de Charchilla massacrés.
Au début de septembre l'arrivée des Américains suscite l'enthousiasme comme la libération qui suit et la capitulation allemande du 8 mai 1945. Mais les Orgelétains, s'ils sont heureux, pensent avec émotion à ceux des leurs qui, déportés, sont morts dans d'affreuses conditions.
Se sont distingués pendant cette période, deux orgelétains : Joseph CORDIER, polytechnicien, ingénieur des Ponts et chaussées, député du Jura et de l'Ain (1775 - 1849) et Claude PIDOUX, médecin des hôpitaux de Paris, membre de l'académie de médecine (1808 - 1882).

Joseph CORDIER (1775 - 1849)
Né à Orgelet le 15 août 1775, fils d'un conseiller au bailliage.
Entré à l'école Polytechnique en 1797 en sort ingénieur des Ponts et chaussées.
Sous l'Empire et le Restauration, travaille à la route du Simplon dans le Valais puis aux ports et canaux du nord de la France.
A partir de 1827 député du Jura puis de l'Ain siégeant dans l'opposition.
Mort à Paris le 13 juin 1849.

Claude PIDOUX (1808 - 1882)
Né à Orgelet le 3 décembre 1808, fils d'un épicier.
Etudie à Paris et devient médecin des hôpitaux. Associé à Trousseau, il publie en 1837 un Traité de thérapeutique très remarqué. Membre de l'Académie de médecine, commandeur de la Légion d'honneur.
Mort aux Mureaux le 2 avril 1882.

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